Laurent TILLIE :Présent à BLOIS

25 février 2018 - 18:47

Laurent Tillie n’évoque jamais à ses joueurs ses 25 ans de carrière de joueur pro. « Dès que vous faites allusion au passé, vous passez pour un ringard et vous êtes mort ! »

Laurent Tillie n’évoque jamais à ses joueurs ses 25 ans de carrière de joueur pro. « Dès que vous faites allusion au passé, vous passez pour un ringard et vous êtes mort ! » 
© (Photos NR, Jérôme Dutac)

Laurent Tillie est le premier entraîneur national à avoir fait gagner l’équipe de France de volley. A Blois, il est revenu sur les principes de base de son métier.

 

En matière de volley-ball, aller prêcher la bonne parole en Loir-et-Cher, c’est un peu comme envoyer un chantre du libéralisme vanter les mérites de la mondialisation en Corée du Nord. Trois clubs (Blois, Vendôme, Mont-près-Chambord), une centaine de licenciés fédéraux, une équipe senior en régional… Pas la panacée.
Et c’est Laurent Tillie qui s’y est collé. A la demande de la ligue du Centre-Val de Loire qui profitait d’un stage de la sélection régionale jeunes au CRJS de Blois, couplé à une formation de cadres. La raison pour laquelle une bonne centaine de personnes s’est retrouvée ce samedi matin face à l’entraîneur national, dans une salle du lycée des métiers de l’hôtellerie et du tourisme du Val de Loire. Au menu, la gestion d’une équipe. Et sur ce thème, Laurent Tillie a très vite mis tout le monde à l’aise : « Je suis peut-être l’entraîneur de l’équipe de France, mais il faut savoir que j’ai commencé à Nice dans un club qui comptait vingt licenciés et évoluait en première division départementale dans un p’tit gymnase de collège. »
“ J’ai dû mettre pas mal de principes de côté ”Tout au long de la matinée, l’entraîneur national n’a eu de cesse de rappeler à son auditoire qu’avant d’être en haut, il avait été en bas. Sans arrêt à se mettre à la portée de chacun dans un discours empreint d’humilité et d’humour, basé sur son expérience et ses valeurs à lui. « C’est simple, il n’y a pas de différence entre entraîner une équipe nationale et entraîner une équipe de jeunes dans un club. Quel qu’il soit, à n’importe quel niveau, un entraîneur doit toujours avoir les mêmes valeurs, c’est-à-dire donner du sens à ce qu’il propose. »
Arrivé en 2012 à la tête du groupe France qui n’avait jamais rien gagné auparavant, l’ancien joueur de Nice, de Cannes ou encore du Paris UC, qui a également honoré 406 sélections en équipe de France de 1982 à 1995, a eu bien du fil à retordre pour faire d’une somme de joueurs à forts caractères une équipe soudée qui a remporté deux ligues mondiales (2015, 2017), un championnat d’Europe (2015) et a terminé quatrième des championnats du monde. « En 2012, c’était la guerre, lâche-t-il. C’était arrachage de maillots, coups de pied dans les ballons, “ je veux pas jouer avec lui ”… Et puis entraîner l’équipe de France, ce n’est pas entraîner un club. Comme son nom l’indique, en équipe de France, il n’y a que des Français, et il faut s’adapter à la culture française : râler, en faire le moins possible… Alors j’ai dû mettre pas mal de mes principes de côté pour arriver à quelque chose. »
Laurent Tillie s’est donc battu contre le conflit des générations au sein du groupe France et la vision à court terme, l’ennemi de tout entraîneur. « Le problème majeur d’un entraîneur, c’est qu’il est confronté au résultat immédiat. Du coup, il en oublie souvent la perspective. »
Fort de ce constat, Tillie a donc établi un plan sur le long terme, avec toutefois des marches concrètes à gravir. « On est partis d’un rêve qui devait devenir notre objectif : Rio 2016. Et je me suis aperçu que le plus important pour avancer, c’était d’accepter les défauts des joueurs. » Parti de ce constat, il a pu travailler en respectant trois principes de base : le « 100 % », le « no limit » et le « pas d’excuse ».
« Je m’en fous de ce que tu fais dehors, en revanche tu dois être bon sur le terrain, être à 100 % à l’entraînement. Deuxième point, je me suis aperçu qu’il y avait deux types de joueurs : celui qui croit ce qu’on lui dit, et celui, souvent un peu plus âgé avec un peu plus d’expérience, qui dit “ ça, ce n’est pas possible ”. La force de la génération que j’ai accompagnée depuis 2012, c’est qu’elle a toujours cru qu’elle allait gagner. C’est ça, le “ no limit ”. Enfin, pour gagner, il ne faut pas être parfait ; il faut juste trouver le chemin. On a le droit de se planter, de faire des erreurs, mais il ne faut pas se chercher des excuses, il faut juste savoir pourquoi pour s’améliorer. »
Franchement, on vous le dit, si les organisateurs de cette petite réunion n’avaient pas mis le holà passé midi, Laurent Tillie serait encore en train de répondre aux questions de son auditoire qui ne s’est certainement jamais senti aussi proche d’un bonhomme de son calibre.
sports.blois@nrco.fr

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